Il y a quelques années, certains ont vu dans le marché libre une plateforme formidable de puissance et de légèreté. Le réveil est assez dur: aujourd’hui, les investisseurs ont perdu pas mal de leurs illusions. Autopsie d’une déconfiture avec Carl Alexandre Robyn, ingénieur-conseil financier et expert en valorisation de start-ups.
Johan Debière
1. Les entreprises cotées n’ont plus la cote auprès des investisseurs. Y voyez-vous un simple effet de la crise?
Toute crise révèle toujours (…) les imperfections d’un marché. C’est d’autant plus vrai et interpellant quand il s’agit de marchés foncièrement déséquilibrés comme celui du Marché Libre (…) Même avant la crise, le ML était en léthargie. Et la désaffection du public n’était pas irrationnelle: pas de service après-vente, ni de cotation continue, ni de liquidité assurée, ni de possibilité de recoupement d’éventuelles informations objectives…
2. Avant de quitter la Bourse de Bruxelles, Bruno Colmant a entrepris d’alimenter le public en informations objectives à propos des entreprises du marché libre. Promesse tenue?
Malheureusement non! Les recommandations de Monsieur Colmant s’adressaient principalement aux propriétaires des actions cotées et supposaient de leur part une plus grande implication et donc un plus grand effort à fournir. Bien sûr, on pressent que le talon d’Achille de la bonne évolution du ML basé sur la confiance est la communication non réglementée, c’est-à -dire sans conditions de fond ni de forme (…), mais il faut se rendre à l’évidence: ne demande-t-on pas ainsi une information au patron qui a fait la danse du ventre pour séduire des investisseurs?
3. Quel est le rôle/la responsabilité des “agences” spécialisées qui assistent les entreprises dans leur parcours sur le marché libre?
Une IPO sur le ML est une opération toujours fort lucrative pour le propriétaire et pour tous les intermédiaires, mais pas forcément pour les petits investisseurs. Les frais d’introduction s’élèvent en moyenne de 10 à 15 % du montant des fonds levés sur le ML. Environ 50.000 euros de frais fixes (honoraires, prospectus) augmenté de 10 % sur le montant collecté (commissions). Certains intermédiaires empochent jusqu’à 35 % de frais comme lors de l’introduction de PNS soit 180.000 euros sur les 507.500 euros levés! Et pour l’IPO de Reibel, 167.000 euros de frais pour 500.000 euros levés, soit 33,4 %!
Comme les commissions représentent un pourcentage des montants levés et que ces derniers dépendent du nombre de titres mis en vente et sachant que les propriétaires veulent éviter toute dilution trop importante de leur capital, tous dans la chaîne, en partant du patron de l’entreprise cotées, ont intérêt à augmenter la valorisation de départ, c’est-à -dire la valeur nominale des actions offertes sur le marché. Et ce aux dépens du dernier maillon: le petit porteur.
4. Sans l’entraver et remettre en question tout ce qui fait sa spécificité, pensez-vous que le concept du marché libre peut encore trouver son public en Belgique?
Le concept de ML était (…) une bonne idée à la base qui a mal été mise en application. En fait, si l’on apporte quelques modifications structurelles dans l’organisation de ce marché spécifique, il pourra séduire son public: l’épargne de proximité.
5. Quelles suggestions pourriez-vous faire pour qu’entreprises du marché libre et investisseurs se reparlent à nouveau?
Pour rendre le ML plus efficient, de menues concessions sont nécessaires (…) Il faut par exemple garder l’acquis d’une réglementation (…) légère et peu contraignante et des conditions de cotation souples. Les patrons doivent paradoxalement se montrer plus agressifs, plus ambitieux dans leurs projets d’expansion et en même temps lâcher du lest en acceptant un flottant plus substantiel (…) Ensuite, il faut approfondir le système de «market makers» qui assure tout au long de la séance journalière une contrepartie à l’acheteur ou au vendeur de titres. Et puis, il faut développer les procédures d’offres publiques initiales à prix minimum laissant davantage de latitude aux investisseurs pour apprécier la valeur des titres proposés. Sans oublier de consentir à plus de dépenses marketing pour relancer l’intérêt du public…
On doit également tabler sur un changement de stratégie des sociétés de communication financière (…) Enfin, ne serait-il pas mieux de pouvoir disposer d’une Bourse dédiée mais qui soit véritablement paneuropéenne plutôt qu’une multitude de petits marchés nationaux?
Carl-Alexandre Robyn
Ingénieur-conseil financier et Expert en valorisation de start-ups
www.valoro.be
robyn@valoro.be
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“Une IPO sur le ML est une opération toujours fort lucrative pour le propriétaire et pour tous les intermédiaires, mais pas forcément pour les petits investisseurs”

Carl-Alexandre Robyn, ingénieur-conseil financier et expert en valorisation de start-ups.
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Catégorie: Articles > Enjeux > Finances & Gestion
Tags: crise, déconfiture







