01-02-2010

Aide toi et ne compte pas uniquement sur ton banquier!

En Europe, traditionnellement, deux tiers de l’activité économique restent financées par les banques et un tiers par des obligations de sociétés. Cela signifie qu’il y a un certain potentiel, pour que les entreprises en général, les PME en particulier, soient moins dépendantes des banques et plus orientées vers des financements alternatifs. – Alain Deladrière

Portrait of a senior executive

Après s’être défait de leurs actifs non performants et ceux qui ne s’inscrivent pas dans leur core business, plusieurs de nos banques se recentrent sur leurs métiers de base. Certaines ont ainsi décidé de d’abord balayer devant leur porte pour se focaliser ensuite sur leur vrai métier en se basant sur un modèle business simple mais performant et en se recentrant sur leur marché national.

Vers un crédit plus coûteux

Mais alors, puisque le rôle des banquiers sera simplifié, plus clair, il faut encore que les banques soient suffisamment rentables. Quand on a une structure simplifiée et que les sources sont moins variées, on peut s’attendre à un renchérissement du crédit. Il faut bien que les banques gagnent leur vie. Les marges entre les sources de financement des banques et les sources de revenus, c’est-à-dire les crédits à l’économie, risquent de s’élargir, pour pouvoir être rentables. Un crédit va devoir être profitable ‘sur lui-même’ en quelque sorte. Un crédit accessible certes, mais plus cher.

Si les banques restent à la fois des prêteurs et des investisseurs pour les entreprises, ce crédit devenu plus cher avec une obtention de lignes de crédit plus difficiles, le banquier étant généralement plus exigeant en termes de garanties et de santé financière, devrait faire réfléchir les patrons de PME en quête de nouvelles ressources financières. Il leur faut explorer toutes les alternatives possibles et imaginables avant de faire appel aux banques – une pratique d’ailleurs recommandable même hors crise. Et contrairement à ce que l’on peut croire, cette manière de faire est encouragée par certaines banques elles-mêmes. Aide toi et ne compte pas uniquement sur ton banquier en quelque sorte.

Financements alternatifs

Il faut garder à l’esprit que les PME doivent toujours essayer d’explorer les sources de financements alternatifs. Il s’agit de trouver des sources de fonds qui se situent en dehors des systèmes bancaires. Une fois ces pistes épuisées et/ou  lorsque l’entreprise veut compléter ses sources de revenus, rien ne l’empêche de se tourner alors vers les banques.

Les PME doivent tout d’abord faire preuve d’un peu plus d’innovation et de créativité. En gérant mieux le fonds de roulement, par exemple, en étant plus rigoureux et discipliné au niveau de la gestion de ce fonds. La première règle pour gérer son endettement est d’avoir une structure financière très saine et de faire appel à toutes les techniques possibles et imaginables pour préfinancer son activité autant que faire se peut. Ces techniques consistent à payer les fournisseurs le plus tard possible, encaisser les clients le plus tôt possible, avoir des inventaires et des stocks les plus bas possibles. Financer des stock énormes coûte extrêmement cher. Ces techniques doivent être affinées pour pouvoir les exploiter tant au sein des grandes sociétés que des PME. Gérer cela correctement peut déjà générer une économie de la moitié de la source de financement dont on a besoin pour fonctionner.

Autre solution que celle de l’acquisition. Il existe une série de techniques pour faire intervenir des bailleurs de fonds dans les acquisitions, des techniques relativement simples faisant appel à un minimum de fonds. Par exemple, si une société dispose de peu de cash, pour acquérir une autre société, la solution consiste à proposer une technique dite de ‘earn out’ avec le paiement d’un premier montant assez bas pour racheter la société ; le tout suivi pendant 5 ans, par exemple, d’un complément de prix établi sur la base de paramètres à convenir entre l’acheteur et le vendeur. Ou alors, examiner la possibilité d’acheter une société en s’associant avec un autre acheteur. Il s’agit alors d’une acquisition groupée.

Et puis, n’oublions pas le marché obligataire. En Europe, traditionnellement, deux tiers de l’activité économique sont financés par les banques et un tiers par des obligations de sociétés – aux Etats-Unis, par exemple, c’est l’inverse. Il y a donc une opportunité pour que les sociétés soient moins dépendantes des banques et plus orientées vers un financement obtenu grâce à l’émission d’obligations ou de papier commercial. Il faut voir dans quelle mesure certains actifs, même de petites sociétés, ne pourraient pas faire l’objet d’une titrisation puisque les banques sont devenues très prudentes. Prenons un exemple : une société qui possède une licence sur laquelle elle peut générer des royalties, une découverte technologique par exemple. L’idée est de préfinancer les flux de royalties qui vont dériver de cette licence. On monétise un actif immédiatement. Cela permet à la société de disposer d’une source de fonds immédiate. Les banques sont assez ingénieuses que pour considérer cela comme une alternative assez attrayante. On reprend les droits sur les sources de royalties de la société et on paie en cash ces droits sur 5 ou 10 ans.

Enfin, citons le recours aux techniques de factoring qui devraient probablement s’intensifier puisque le factor est également une manière de dire : je me défais de mes actifs – c’est-à-dire de mes créances sur mes débiteurs – et je fais rémunérer et vends ce portefeuille de débiteurs immédiatement à un factor qui me paie aussitôt en cash.

Relancer la croissance

La banque post-crise se recentre donc sur son métier de base et la région où elle est implantée. Elle va surtout récolter l’épargne en Belgique et dans les pays limitrophes et accorder du crédit aux entreprises ainsi qu’à tous les emprunteurs et individus localisés dans la région. Bien entendu, pour diversifier les risques, on investira un peu dans des titres. Forcément, revenir à cette situation signifie normalement si tout va bien que la disponibilité de crédit est plus abondante.

Oui mais quelle est véritablement la situation sur le terrain ? Elle passe par…l’état ! En effet en tant qu’actionnaire omniprésent suite à son intervention énergique, l’état stabilise et assainit. Mais il doit également encourager les banques à jouer leur rôle de pourvoyeur de services, de fonds et de ressources financières aux industries grandes et petites ainsi qu’aux particuliers. C’est un objectif qui a certains aspects est contradictoire puisque d’un côté, il faut stabiliser et assainir et de l’autre, malgré la crise, continuer à prêter aux entreprises sachant qu’elles sont fragilisées, le risque de crédit devenant de plus en plus important. Un véritable défi !

Quelles sont les alternatives pour l’état ? Toucher à une série de mesures fiscales, augmenter ou renforcer les impôts, diminuer les dépenses de l’état… il y a évidemment des limites à ce que l’on peut faire. Non, la seule voie pour sortir de cette crise est de relancer la croissance.

Pour y parvenir, il faut donc financer des projets qui permettent un effet immédiat sur la vie économique, mais surtout que ces projets puissent bénéficier directement au secteur privé en le rendant plus compétitif. Développer des pôles nettement plus performants et plus rapides. Réaliser des investissements pour rendre la Belgique plus attractive pour les sociétés étrangères qui veulent s’implanter. S’attacher véritablement à des investissements à forte valeur ajoutée dans des pôles technologiques, des structures associées aux Universités… Cela signifie évidemment mobiliser de grandes quantités d’argent avec l’aide des banques qui retrouveront ainsi leur vraie vocation : prêter et investir pour développer l’économie et le bien être.

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